Depuis quelques mois voire années, les professeurs sont victimes de pressions de la part des élèves mais aussi des parents. Vanessa Garnier, professeur de Sciences Économiques et Sociales au Lycée Vaclav Havel, apporte des informations sur cette situation et les axes à améliorer pour éviter tout drame.
1 – Pensez-vous que les menaces et les agressions des parents envers les enseignants représentent un phénomène nouveau ?
Les menaces des parents, oui, je pense que c’est relativement nouveau. Avant il y avait un respect de l’autorité qui était évident et ça devait être extrêmement rare.
2 – Quels sont selon les sujets qui suscitent le mécontentement des parents ?
(Rires). Les absences des enseignants pour les formations ou autres. Les mécontentements ? Je dirais les évaluations.
3 – Est-ce un sujet d’inquiétude abordé par l’équipe éducative ?
Oui, ce sont des préoccupations partagées par les profs en général et la direction. Elles s’expriment lors de nos réunions. Par exemple, on nous a demandé de faire un projet d’évaluation. On doit produire chacun un document qui explique comment on évalue les élèves et on s’engage à faire tant d’évaluations. On doit le rendre visible pour les parents. Ça a été l’objet de débats, parfois houleux, mais oui, on en discute pour rassurer les parents.
4 – Avez-vous déjà été confrontée à des pressions ou des menaces de la part de parents ? Si non, connaissez-vous un enseignant qui s’est trouvé dans cette situation, comment cela a-t-il été géré ?
Alors, moi, non jamais. Disons que j’ai entendu plusieurs histoires et en général, c’était plutôt bien géré par la direction. C’est à dire les parents étaient reçus par le proviseur qui réaffirmait que l’enseignant avait autorité sur sa manière d’évaluer mais c’est tout. C’était pas tant des pressions mais des questions.
5 – Est-ce que ce genre de situation est vraiment pris en compte dans la formation des enseignants ?
C’est en général, la manière de faire cours. C’est des questions qu’on peut aborder comme ça, disons de manières informelles. Mais à ma connaissance, non. Sauf peut-être pour la laïcité, ils en parlent mais il n’y a pas un module « la sécurité enseignante ».
6 – Pensez-vous qu’il y a une sociologie liée à ses comportements ?
Oui, c’est sûr, c’est la catégorie socio-professionnelle. Alors en termes de violence, d’altercations, c’est pas les mêmes sujets justement sur ce que tu dis (référence à la question précédente) : la manière de faire cours, la laïcité, les caricatures. On est plutôt dans des quartiers défavorisés avec une forte population immigrée. En revanche, les conflits, les menaces sur les évaluations, on est plutôt dans les catégories ++.
7 – Pensez-vous que ces pressions peuvent affecter le bien-être et la performance des enseignants ?
Ça crée un climat d’insécurité donc ça affecte forcément le bien-être au travail, c’est sûr. Certains peuvent s’empêcher voire se censurer. J’en ai connu d’ailleurs. J’ai enseigné en Zone de Prévention Violence à Paris au début, et c’était ça en fait.
8 – A votre avis, quelle est la mesure primordiale qui devrait être prise pour garantir la sécurité des personnels enseignants ?
Surtout pas des policiers (Rires). Pour moi, un truc évident alors est-ce que c’est lié directement ? Je pense que oui mais c’est moins d’élèves par classe : une vingtaine pas plus. Et à partir de là, le climat serait plus favorable, facile à améliorer. Après, favoriser le lien entre les parents et les professeurs, mais je crois que je fais une erreur à dire ce genre de choses mais je pense que c’est possible que l’enseignant considère un peu les parents comme des partenaires. Ça ne marchera pas avec tous mais ça me semble très important. Tout de suite les inclure, les rencontrer individuellement et collectivement, leur téléphoner afin de leur donner confiance.
9 – Que pensez vous de la mesure qui consisterait à généraliser les moyens d’alerte directe entre un établissement scolaire et les commissariats ?
Dans certains quartiers, oui pourquoi pas. Là, c’est juste améliorer la possibilité d’intervention. Ici (dans le quartier du Lycée Vaclav Havel à Bègles), ça va mais oui je pense que c’est important d’établir une solution d’alerte directe.
10 – Quel message pensez-vous qu’il serait important de faire passer aux parents, à l’administration concernant la sécurité des enseignants dans leurs relations avec les familles ?
Ça serait insister sur le respect du cadre, de la fonction d’enseignant mais je dirais que c’est du béaba en termes de relations humaines. Quand leur enfant arrive dans un nouvel établissement, dans le discours d’accueil, le directeur doit leur en parler. Je ne vois que la communication afin d’essayer de rétablir la confiance, il est là le problème. Il faut aussi informer sur ce que font leurs enfants et ne pas hésiter à aller vers les familles avec Pronote ou le téléphone. Après, ça serait mettre plus de personnels dans les lycées (plus de surveillants), ça me semble important et moins d’enfants par classe (rires).
